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Accueil > REVUE DE PRESSE > Comment la terre s’est tue

Comment la terre s’est tue

Comment la terre s’est tue

19 janvier 2017 par Alain Geerts.
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Lors de la commande du livre de l’américain David Abram Comment la terre s’est tue [1], dont la lecture m’avait été recommandée , la libraire m’a dit que ce devait être « un livre intéressant parce qu’elle avait constaté que cette année, les oiseaux chantaient moins ». Certes, me disais-je, mais si la « parole » de la terre correspond aux multiples contributions sonores des êtres qui la peuplent, elle devrait plutôt ressembler à un vacarme infernal du fait principalement d’une espèce, la nôtre.

A la réception du volume, je constate qu’il s’agit d’un travail rédigé en 1996 [2], traduit et préfacé en 2013 par la philosophe des sciences belge Isabelle Stengers et par Didier Demorcy. Pour introduire sa brève (mais dense) préface, la philosophe souligne « que le fait même de se demander « Comment la terre s’est tue » suscitera certainement une question du genre « Vous ne pensez tout de même pas qu’elle est capable de parler ? « Et celui qui oserait dire « oui » sera exclu sans autre forme de procès : c’est de l’animisme ! »

Mais elle termine sa contribution par un « Parce que la terre parle » qui ne semble souffrir aucune contestation.

Intrigué, je me lance et suis pris au piège d’une lecture dont on ne sort pas indemne.

Deux buts

D’emblée, David Abram précise les deux buts de son ouvrage. Il s’agit « d’abord (de) fournir un ensemble d’outils conceptuels puissants à mes collègues du vaste monde de l’activisme environnemental (…) et à tous ceux qui luttent déjà pour comprendre et diminuer la distance qui nous sépare aujourd’hui de la terre animée. Mais je voudrais aussi donner à penser au sein du monde institutionnel des intellectuels, des scientifiques et des professeurs – dont beaucoup ont opposé un silence étrange à la détérioration rapide de la nature, à la disparition continue des autres espèces et à l’appauvrissement des relations humaines qui en résulte [3]. »

Une perspective audacieuse

L’audace du point de vue adopté dans ce travail par l’auteur mérite d’être saluée. « Ce travail, à la différence de la tendance qui domine depuis longtemps les sciences sociales occidentales, n’a pas cherché à proposer d’explications rationnelles aux croyances et aux pratiques animistes. Au contraire, il a proposé une compréhension animiste, participative de la rationalité. Il a suggéré que la raison civilisée ne se maintient que par un rapport profondément animiste avec nos propres signes. Raconter l’histoire de cette façon – proposer une compréhension animiste de la raison, plutôt que l’inverse – implique que l’animisme soit la catégorie la plus générale, la plus inclusive, et que les modes oraux, mimétiques d’expérience fondent, et nourrissent, toujours l’ensemble de nos modes, lettrés et technologiques, de réflexion. Lorsque l’enracinement de la réflexion dans de tels modes corporels, participatifs, d’expérience est entièrement méconnu ou inconscient, la raison réflexive devient dysfonctionnelle et détruit, sans même en avoir l’intention, le monde corporel, sensuel, qui la nourrit. » [4]

Il fallait oser, il l’a fait, et de manière remarquable.

Le monde « plus qu’humain »

Plus précisément, quel est ce travail ? « Ce que David Abram nous demande de reconnaître, (c’est que) les manières dont nous percevons et caractérisons ce qui nous entoure, aussi variées soit-elles, sont indissociables de « suggestions »… qui ne sont pas un produit arbitraire de notre imagination mais sont offertes par le sensible lui-même. » [5]

Quelle est l’origine de la perception, se demande Abram. « Je ne peux affirmer que ma perception d’une fleur sauvage particulière, avec sa couleur et son parfum, soit entièrement déterminée ou « causée » par la fleur, puisque d’autres personnes peuvent faire l’expérience d’un parfum quelque peu différent, et que moi-même, à un autre moment ou d’une humeur différente, je peux voir la couleur différemment – et surtout puisque n’importe quel bourdon qui se pose sur la fleur en aura assurément une perception tout autre que moi. Mais je ne peux pas non plus dire en vérité que ma perception est causée par moi seul – par mon organisation physiologique et neuronale – ou qu’elle existe entièrement « dans ma tête » - car sans l’existence effective de cet autre être, de cette fleur enracinée non dans mon cerveau mais dans la terre et le sol, il n’y aurait pas de parfum et pas de perception colorée, ni pour moi ni pour d’autres, humains ou insectes.

Ni ce que je perçois ni ce qui est perçu ne sont pleinement passifs dans l’événement de la perception.  » [6]. Il s’agirait de prendre conscience de l’existence d’un « monde plus qu’humain ». Et, l’on s’en doute, cette prise de conscience implique nécessairement que nous ayons un rapport différent à ce monde (animaux, plantes, roches, sol, vent, ciel,…).

La phénoménologie de Merleau-Ponty

Un autre coup de génie de David Abram est d’avoir inscrit son travail de réflexion dans la phénoménologie et plus particulièrement dans la poursuite des travaux du philosophe français Merleau-Ponty qui est identifié comme LE phénoménologue de la perception. Pour Abram, « De tous les philosophes du 20° siècle, il fut celui qui accorda le plus d’importance au corps et à l’expérience des sens, à la façon dont le corps ressent l’espace et les choses autour de lui, les couleurs, les formes, les textures. Comment s’exprimer en accord avec ce qu’il appelait le “ corps propre ”, le corps-sujet, la subjectivité qui n’est rien d’autre que le corps lui-même ? Telle était sa quête ».D [7]

Et I. Stengers de confirmer : « La grandeur de Merleau-Ponty a donc été, dans l’environnement domestiqué, préinterprété en termes de significations proposées par des humains à des humains, de se rendre sensible à la manière dont les choses sont susceptibles de solliciter notre attention et, réciproquement, de répondre à cette attention, et de caractériser cette réciprocité dans un langage qui échappe au face-à-face entre le sujet et l’objet – un langage animiste.  » [8]

Et quel talent de vulgarisateur cet Abram ! Les écrits de Merleau-Ponty sont certes passionnants, mais parfois difficilement accessibles. Abram les rend limpides.

Voyage initiatique

Les bases sont posées, le plus difficile est fait. Il reste à apporter les éléments qui vont nous convaincre de la pertinence de cette écologie [9] de la perception (et du langage). C’est alors parti pour un édifiant voyage intellectuel convoquant les meilleures recherches en anthropologie, les grands mythes (l’Odyssée d’Homère) et des philosophes comme Platon et Socrate.

Nous plongerons au plus profond des traditions des « peuples natifs » (Aborigènes d’Australie, Indiens Apaches d’Amérique du Nord, Koyukons d’Alaska), peuples de l’oralité, du temps circulaire confondu avec l’espace.

Nous serons les témoins de l’apparition des premiers alphabets et de l’écriture et vivrons quasiment de l’intérieur ses conséquences sur la séparation des notions d’espace et de temps ainsi que sur la progressive distanciation d’avec nos sens et la terre qu’ils vont induire.

« Il semblerait donc que la séparation conceptuelle du temps et de l’espace (lesquels se confondaient dans les traditions orales – NDLR) (…) fonctionne sur un mode qui éclipse la terre alentour, l’abstrait de la conscience humaine. (…) Seule la réconciliation de l’espace et du temps en un champ phénoménal unifié peut rendre à nouveau manifestes les pouvoirs et la profondeur de la terre qui nous inclut, en tant que le sol et l’horizon mêmes de tous nos savoirs.  » [10]

Le chapitre 7, L’oubli et le souvenir de l’air, est exceptionnel. Il nous explique comment la profonde fusion entre l’air, le vent, le souffle, l’âme, la psyché, le « souffle de la bouche » (la parole) s’est vue littéralement détruite par l’acte d’écriture, la vouant définitivement à l’oubli.

« C’est seulement lorsque le texte écrit commença à parler que les voix de la forêt et de la rivière commencèrent à s’effacer. Et c’est seulement alors que le langage put perdre son ancienne connexion avec le souffle invisible, l’esprit se séparer du vent, la psyché se dissocier de l’air environnant.  » [11] Il est impossible de sortir de ce chapitre sans ressentir un profond malaise quand on sait la modification radicale que nous avons fait subir à l’air en le polluant toujours plus…

Le dernier chapitre, coda [12], témoigne quant à lui de la grande rigueur intellectuelle de David Abram qui met son travail en perspective. Et surtout, il constitue une véritable ode au Local ou plutôt auX Local en montrant, de manière bien moins superficielle que le désormais incontournable Demain que le changement est en route.

« La question n’est certainement pas de « retourner en arrière », mais bien plutôt de parcourir tout le cercle, d’unir notre capacité de raisonnement détaché à des manières de connaître plus sensorielles et mimétiques, de permettre à la vision d’un monde commun de plonger ses racines dans notre engagement direct et participatif avec le local et particulier. Si, en revanche, nous nous bornons à notre cocon réflexif, toutes nos aspirations et tous nos idéaux abstraits portant sur un monde unifié se révéleront abominablement illusoires. Si nous ne retrouvons pas bientôt notre environnement sensuel, si nous ne nous réapproprions pas notre solidarité avec les autres sensibilités qui habitent et constituent cet environnement, le coût de notre « commune humanité » pourrait être notre commune extinction.  »(souligné par moi)

Au terme de la lecture de cet ouvrage exceptionnel, on n’espère qu’une chose, que cela ne soit pas qu’une illusion : David Abram est en effet un prestidigitateur [13] …

Vous trouverez ici [14] une brève description de qualité, chapitre par chapitre, de l’ouvrage.

Crédit photographique : Françoise Racquez

[1] David Abram, Comment la terre s’est tue. Pour une écologie des sens, La Découverte, Les empêcheurs de penser en rond, 2013 pour l’édition française (1996 pour l’originale), 348 pp, Préface et traduction de Didier Demorcy et Isabelle Stengers.

[2] Le même sort a été réservé aux passionnants travaux du norvégien Arne Naess, dont par exemple l’ouvrage Ecologie, Communauté et Style de vie qui fait la synthèse de ses réflexions sur la Deep Ecology élaborées durant les années 70, n’a été accessible en langue française qu’en 2008.

[3] En 2014, David Abram occupera la chaire Arne Naess in Global Justice and the Environment de l’université d’Oslo.

[4] David Abram,Idem, note 2 p. 344.

[5] I. Stengers, Idem, p. 8

[6] David Abram,Idem p.80

[7] avid Abram : Retrouvons un ancrage local : le sacré s’y trouve, un interview de Patrice van Eersel (en ligne )

[8] I.stengers, idem p.10.

[9] I.stengers, idem p.10.

[10] David Abram, Idem, p.278.

[11] David Abram, Idem, p.324.

[12] Coda est un terme utilisé en musique et en danse classique. C’est un signe de reprise qui permet de remplacer une phrase suspensive par une phrase conclusive. https://fr.wikipedia.org/wiki/Coda_(musique )

[13] Ce qui lui a permis de payer ses études, de travailler avec le Dr Ronald Laing et surtout d’intriguer les chamans locaux de l’Asie rurale qui s’ouvrirent ainsi à lui.

[14] Martin Guillemot, « David Abram, Comment la terre s’est tue. Pour une écologie des sens », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2014, mis en ligne le 20 janvier 2014, consulté le 14 janvier 2017. URL : http://lectures.revues.org/13295



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