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Accueil > REVUE DE PRESSE > « Marchants of doubt »

« Marchants of doubt »

« Marchants of doubt »

16 février 2017 par .
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<http://www.iew.be/local/cache-vigne...>

Le jeudi 09 février 2017, les auditoires de Louvain-La-Neuve ont accueillis bons nombres d’intéressé.e.s et d’averti.e.s sur la question climatique. Etaient présent spécialement pour l’évènement, 3 éminents scientifiques : B. Schiffers, J-P Bourguignon et J-P Van YperseleJ [1].

Vous n’y étiez pas ?! Ce n’est que partie remise pour cette thématique incontournable dans le paysage actuel.

Mais qui sont réellement les « climatosceptiques » ? Des scientifiques ? Des experts de la climatologie ? Le Monde scientifique n’aime pas beaucoup ce terme. Un scientifique est par essence sceptique. Tout climatologue se veut donc sceptique. Hors, lorsque l’on se penche un peu plus sur la question, il devient rapidement évident que la majorité des dits « scientifiques climatosceptiques » ne le sont pas. Les nommer ainsi serait leur donner un statut qu’ils ne possèdent pas. Le terme « semeur de doute » est plus approprié pour qualifier ces individus, paradoxalement légitimes aux yeux de certains (voir malheureusement, aux yeux de beaucoup dans certains pays, encore aujourd’hui). Il est alors pertinent de se demander comment ces personnes peuvent peser autant dans la balance, face à de véritables scientifiques reconnus ?! Par quels mécanismes ces personnes ont-elles accès au débat ? Et, sur quoi se basent-elles pour fonder leur thèse ?

C’est cela qu’on tenté d’expliquer, Naomie Oreskes et Robert Kenner, au travers de leur film « Merchants of Doubt ». Dans ce long métrage, les « semeurs de doute » sont comparés, en tout point, à de simples prestidigitateurs. Des magiciens usant de stratagèmes et de tours de « passe-passe » pour tromper l’attention du public. Mais qu’elles sont ces techniques capables de rivaliser face à des données scientifiques solides et avérées ? Quels sont leurs armes dans ce rapport de force, parfois violent ? La réponse est simple, ils utilisent les faiblesses de leurs adversaires. Malheureusement, la caricature du scientifique introverti, solitaire, immergé dans ses recherches dans un laboratoire austère, utilisant un charabia indescriptible n’est pas totalement dénuée de fondements.. Sur le ring, parfois médiatisé, ils se retrouvent face à des orateurs hors pairs, qui ne craignent pas le recours à un langage simpliste, aux slogans marquants, des stratégies commerciales et marketing, en se basant sur l’émotionnel du public, utilisant la peur. Quitte à mentir en montant de toute pièce des histoires et des données qui n’existent pas, mais qui choquent Monsieur et Madame « tout le monde ». Ils utilisent également la stratégie du « miroir ». Donnez leurs une courbe croissante de la hausse des températures, ils vous dessineront une courbe décroissante. Dites-leur que l’activité de l’homme est la cause majeure de l’augmentation de l’effet de serre, ils vous répèteront votre phrase à la négative. Idiot n’est-ce pas ? Frustrant. Ignoble même, quand on sait que l’on parle de l’avenir de l’humanité… Le pire dans tout cela, c’est que les médias tombent dans le piège, pensant proposer un débat animé entre deux opposants. Mais qu’y a-t-il d’opposable là-dedans ? Ils ne parlent même pas de la même chose.

Mais si le débat n’est pas scientifique, de quel nature est-il ? Quels intérêts se cachent derrière toute cette poudre aux yeux ? Pour répondre à cela, il faut remonter dans le temps. Dans le contexte de la guerre froide, durant laquelle (surtout aux Etats-Unis), empêcher toute progression du communisme est une priorité quasiment suprême. Les scientifiques n’y firent pas exception. C’est donc assez naturellement que certains se firent engager par des grandes firmes industrielles et militaires afin de contrer l’avancée communiste. Ces scientifiques « achetés » par l’industrie ne sont donc que les précurseurs des « semeurs de doute » d’aujourd’hui. Mais alors, les origines du débat seraient-elles idéologiques ? Voir politiques ? Vu l’implication et l’intervention des autorités. Ou même économiques ? Vu l’intérêt grandissant des industriels pour ce « nouveau marché ».

Brusquement, le parallèle avec l’industrie du tabac devient flagrant. Comment vendre quelque chose (la cigarette en l’occurrence), que l’on sait nocif pour la santé, en masse ? Comment convaincre le consommateur d’acheter ce produit, pourtant toxique ? La réponse est simple. Il suffit de semer le doute. C’est comme cela que l’industrie du tabac, en cachant ses études sanitaires, a pu faire exploser ses ventes durant des décennies. Ce n’est que de nombreuses années plus tard que la supercherie fut mise au goût du jour, grâce notamment à la divulgation de documents internes et secrets du secteur. Mettant en péril cette stratégie du doute. Mettant enfin cette industrie face à ses responsabilités et face à la justice. Cependant, il serait naïf de penser que cet exemple est marginal. En effet, beaucoup d’autres secteurs ont utilisés et utilisent encore cette stratégie du flou. Se cachant derrière des montages administratifs et financiers complexes qui mettent en première ligne des entreprises fictives parfois à finalité sociale pour manipuler leurs interlocuteurs et parvenir à leur fin. Sans compter le lobbysme déguisé, les campagnes de désinformations, le réseautage quasiment tentaculaire, etc. De quoi terroriser le commun de mortel.

Mais revenons, à nos moutons, à nos « semeurs de doute ». Se faire des alliés et aiguiser sa crédibilité sont donc leurs leitmotiv. Dans les années 60, les choses commencent cependant à bouger. Comme on a dit aux Etats-Unis : « chassons les communistes, ils reviennent en écolos ». Certains mouvements citoyens semblent se réveiller. Malheureusement, les propos marginalisés et presque extrémistes de certains décrédibilisent le mouvement. Cette étiquette colle aujourd’hui encore à la peau des militants qui doivent supporter le poids politique d’un débat initié par une gauche révolutionnaire, perçue comme hystérique par la droite. Sans compter les nouvelles stratégies de ces « semeurs de doute », qui attaquent aujourd’hui les scientifiques et non plus la science. Laissant la porte ouverte aux menaces et autres intimidations personnelles, donnant une nouvelle dimension à ce rapport de force, de moins en moins sensé. Ces tentatives de perturbations sont également visibles lors des grands sommets internationaux, toujours accompagnés par des affaires d’e-mails volés, de propos extrapolés, visant à éclabousser encore un peu plus ces hommes et ces femmes qui portent ce combat à bout de bras (scientifiques ou non). Malheureusement toutes ces stratégies fonctionnent encore et ralentissent les projets de consensus politiques, empêchant ainsi les accords et autres lois contraignantes à voir le jour, en matière de pollution et autres sujets relatifs au changement climatique, au niveau européen mais aussi international.

Il est « compréhensible » que le secteur industriel œuvre pour ses intérêts, qu’ils soient économiques ou même politiques. Et ce, envers et contre tout. Mais il est tout de même intéressant de se demander quels sont les intérêts des citoyens (à l’échelle mondiale) de continuer à écouter et à donner la parole à ses « semeurs de doutes »… ? Sommes-nous donc tout juste bon à avaler de la pommade, servie sur du velours ? Indignons-nous !

Eléonore Droeven.

[1] ean-Pierre Bourguignon, Pédiatre endocrinologue, ULg

Bruno Schiffers, Ingénieur agronome, et responsable du Laboratoire de Phytopharmacie de Gembloux Agro-Bio Tech de l’ULg

Jean-Pascal van Ypersele, professeur de climatologie et de sciences de l’environnement à l’UCL



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