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Le revenu universel, allié des filières alimentaires de qualité ?

Le revenu universel, allié des filières alimentaires de qualité ?

29 octobre 2020 par Anne Thibaut.
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Quel intérêt pourrait avoir un revenu minimum garanti combiné à une monnaie locale dans la (re)construction des filières alimentaires de qualité ?

Changer de modèle alimentaire présuppose une multitude de changements de comportement coordonnés de l’ensemble des acteurs du système alimentaire : du producteur au mangeur en passant par le transformateur ou le distributeur. Dans une niews précédente , nous avions mis en évidence, au travers du modèle de Fogg, les différents ingrédients nécessaires aux changements d’habitudes et de comportements : la motivation de l’individu, son aptitude à changer et le signal déclenchant l’habitude. Si on prend l’exemple d’achats alimentaires, le temps, l’accessibilité physique à un lieu de distribution et les moyens financiers sont autant de paramètres qui vont moduler la capacité de la personne à changer. Dans cet article, nous proposons une réflexion sur l’intérêt que pourrait avoir le revenu minimum garanti combiné à une monnaie locale ou des chèques alimentaires locaux dans la construction de filières locales de qualité.

Revenu de base, universel ou garanti : keksako ?

L’idée de revenu ou allocation universelle ou encore revenu de base ou minimum garanti (RMG dans la suite du texte) n’est pas neuve. Le philosophe et économiste belge Philippe Van Parijs a par exemple fondé dès 1986 le réseau mondial pour le revenu de base (BIEN). L’idée est d’octroyer à toute personne de sa naissance à sa tombe un revenu unique qui remplacerait toutes les aides d’état (allocations familiales, indemnités de chômage, de retraite, de CPAS, …), un revenu suffisamment généreux pour permettre d’assurer ses besoins matériels.

Pourquoi et comment faire ?

La crise de ces derniers mois a ramené le sujet du RMG au-devant de la scène. Selon certains, cette mesure aiderait à amortir les chocs « socio-économiques » liés à des crises qui pourraient se multiplier dans les années à venir. Même si certains producteurs et coopératives alimentaires en circuits courts ont vu leur chiffre d’affaire augmenté pendant la crise du corona, de nombreux acteurs dans le secteur alimentaire (et non alimentaire aussi) ont souffert et continue de souffrir.

Psychologiquement, une des peurs fondamentales de l’être humain est de ne pas survivre, d’avoir faim, d’avoir soif. Cette peur peut être plus ou moins active et est souvent inconsciente. En fournissant à toute personne un revenu universel sans condition, cette peur pourrait être apaisée. Grâce à cet octroi, les personnes qui le souhaitent pourraient décider d’exercer des activités sociales hors du champ économique ou des métiers peu rentables mais socialement, humainement et écologiquement très valables. Ceux qui souhaitent travailler dans une activité économiquement plus rentable recevraient un salaire en plus proportionnel à leur activité. Dans un souci d’équité, celui qui gagne bien sa vie reverserait le RMG à l’Etat par ses impôts.

Cette allocation sans condition pourrait encourager les personnes à développer des activités économiques a priori plus risquées. Je connais personnellement plusieurs personnes qui pour des raisons alimentaires, ne franchissent pas le pas de quitter un métier qui ne fait plus ou pas sens pour eux pour aller vers un métier a priori moins rémunérateur comme celui de d’agriculteur. Ce revenu mensuel pourrait aussi encourager certains acteurs de la filière alimentaire à prendre des risques financiers en développant des dispositifs, des circuits de distribution ou des systèmes agricoles alternatifs en circuits courts et plus favorables à l’environnement.

Les citoyens seraient aussi encouragés en étant libérés d’une partie de leur contrainte professionnelle à s’engager dans des associations, des ceintures alimentaires, des processus démocratiques dans le but par exemple de soutenir activement des filières alimentaires locales.

Le RMG pourrait aussi aider à lever la stigmatisation que peuvent vivre ceux qui bénéficient d’allocations et d’aides sociales. « En fait, ce n’est pas tant la vie qui change, c’est la manière dont on la vit et de comment on se sent. Le point le plus important c’est que l’on vit de façon plus digne » témoigne une jeune femme qui a bénéficié pendant un an d’une allocation de type RMGhttp://www.cnews.fr" targe... 1.

Le mouvement français pour un revenu de base (MFRB) propose 3 grandes pistes de solutions pour financer le RMG : la taxation des riches et des hauts revenus, celles des produits de luxes ou le revenu général obtenu grâce à la simplification administrative de toutes les aides sociales qui existent dans le pays. Les solutions dépendraient du coût de sa mise œuvre variable selon les modèles. Ainsi, Philippe Defeyt, économiste chiffre par exemple celui-ci à 10-15 milliards d’euros par an pour la Belgiquehttps://www.lecho.be/dossiers/coron... 2.

Des exemples partout dans le monde

De nombreuses expériences, généralement partielles, ont été menées dans le monde comme en Finlande, en Alaska, au Brésil, en Namibie. Dans cet exemple africain, les 1000 habitants d’Otjivero de moins de 60 ans ont reçu entre 2008 et 2009 une somme fixe chaque mois. L’expériencehttps://www.iew.be/le-revenu-univer... 3 a montré que cela n’encourage pas les gens à ne rien faire. Bien au contraire. Toute une activité économique a émergé dans le village. Contrairement au microcrédit, le RMG a un impact sur la production mais aussi sur la demande puisque le pouvoir d’achat augmente permettant ainsi à la population de rester dans les campagnes. Ce programme a réduit significativement la pauvreté et la criminalité et a contribué à améliorer la scolarité des enfants. Un récent rapport sorti en 2019 indique que 10 ans plus tard, plusieurs personnes ont gardé leurs activités mais leur vie est redevenue plus difficile sans le RMG.

Un revenu universel pour consommer local

Pour encourager en même temps la relocalisation de l’économie, l’allocation pourrait être octroyée en partie sous la forme de chèques « locaux » ou de monnaie locale de façon à encourager les personnes à acheter dans les coopératives de producteurs wallons par exemple. L’économiste, Bruno Colmant, Professeur d’économie à l’ULB et à l’UCL l’affirme dans une interview du journal Le Soirhttps://plus.lesoir.be/318883/artic... 4 : « il est impossible de soutenir une économie locale avec une monnaie internationale parce que cette économie locale sera toujours marginalisée. Elle consistera en des achats supplémentaires ou complémentaires à ceux de biens produits par des multinationales. »

Un exemple inspirant nous vient d’une commune près de Rio de Janeiro, Marica, qui a mis en place depuis 2013 « la Mumbuca, une monnaie numérique créée par la mairie, réservée à une circulation locale non convertible en réais et accessible aux résidents par le programme Revenu de base des citoyens (RBC). » Ce programme concerne non seulement les familles les plus pauvres mais aussi une partie de la classe moyenne vulnérable aux chocs économiques. Entre avril et juin de cette année, d’autres mesures sociales ont été ajoutées comme des prêts à taux zéro et la distribution de paniers de première nécessité pour les familles avec enfants scolarisés. Ce programme semble porter ces fruits avec une perte d’emplois pendant la crise nettement moindre que dans l’état de Riohttps://www.courrierinternational.c... 5.

Pour conclure, le RMG versé en partie sous forme de monnaie ou chèques locaux nous semble être un levier intéressant pour développer une société plus solidaire, émancipatrice, pour encourager une économie locale régénératrice d’emplois. Il ne suffira évidemment pas de verser cette allocation sur le compte bancaire de chaque belge pour en faire une idée révolutionnaire. Le risque est comme nous avertit Aude Vidal dans son livre et sur son blog que cette mesure conforte « le productivisme ambiant, les inégalités socio-économiques et de genre, tout en constituant un recours bien insuffisant devant les désastres que provoque l’organisation du travail – et du chômage. »(…)http://blog.ecologie-politique.eu/p... 6. Cette action doit s’inscrire dans une stratégie globale destinée à développer des formes d’organisation qui nuisent le moins à nous-mêmes, aux autres et à nos milieux de vie ».



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